11
Deux jours que Luc Flamand n’avait pas donné le moindre signe de vie, et Jemma ne savait toujours pas quoi faire. Elle n’osait pas rentrer chez elle de peur de tomber sur un commando du Christ Roi, ni prévenir ses parents, craignant que son coup de fil ne leur attire des ennuis. Il lui aurait suffi, pour sortir, de tourner les quatre serrures disposées de haut en bas du blindage de la porte, mais la perspective de s’aventurer seule dans une ville pourtant familière la terrorisait. Assiégée par les moisissures et les acariens, elle se nourrissait de boîtes de conserve réchauffées sur le camping-gaz et se contentait d’une toilette de chatte, quelques gouttes d’eau sur le visage, dans le cou, du papier toilette humide passé sous les aisselles, entre les cuisses. La température avait encore chuté de cinq ou six degrés, le crachin de la veille avait viré à la neige fondue. Le dé climatique avait fini par retomber sur la face rigueur.
Jemma ne parvenait pas à se réchauffer. Elle avait fouillé placards et commodes à la recherche de vêtements d’hiver, mais elle n’avait pas eu la témérité d’enfiler l’un des pulls qu’elle avait dénichés sur l’étagère haute d’une bonnetière branlante. Elle s’était rabattue sur une veste d’homme en laine, beaucoup trop grande pour elle mais relativement propre. Elle n’avait trouvé en revanche ni chaussures ni chaussettes, comme si, avant de partir, les anciens occupants de l’appartement avaient pris le temps de vider leurs tiroirs de sous-vêtements et leurs armoires à chaussures. Elle devait régulièrement sautiller sur place pour se réchauffer pieds et jambes qu’elle gardait, le reste du temps, enfouis sous deux couvertures. Ses mouvements n’empêchaient pas ses organes et ses veines de se congeler, ses fonctions de s’engourdir, son corps de se changer en bloc de glace.
Par la fenêtre, elle voyait les sans-abri s’organiser face à l’offensive brutale du froid. Les rafales hachaient les colonnes de fumée qui montaient des collines de gravats. Les hommes dans la force de l’âge passaient une grande partie de leurs journées à remuer les décombres en quête des dernières réserves de bois, ou partaient en groupe pour un autre quartier et revenaient les bras chargés de chevrons, de branches, de restes de meubles. Des volées de gosses à peine vêtus jouaient entre les braseros dressés à l’entrée des galeries. Comment ces bouts de chou réussissaient-ils à survivre dans des conditions aussi terribles ? Bien que dormant dans une maison surchauffée, bien que ne mettant jamais le nez dehors sans être emmitouflée de la tête aux pieds, bien que munie de tous les vaccins, Manon s’était débattue chaque hiver entre rhumes, angines et grippes. Ultra-protégée, comme tous les gosses des résidences privées, coupée des réalités sociales et climatiques, aussi inadaptée, aussi vulnérable hors de sa cage qu’un oisillon tombé du nid. Les classes moyennes s’étaient repliées sur elles-mêmes pendant la guerre, elles s’étaient réfugiées dans des cocons tissés au cœur des villes, elles avaient élevé leurs rejetons à l’écart d’un monde livré au chaos, et Jemma prenait conscience, en voyant les petits sans-abri s’ébattre dans les décombres, qu’elles avaient obtenu l’effet inverse du résultat escompté. Alors qu’elles se réclamaient du darwinisme social, de la loi du plus riche et du mieux protégé, les classes supérieures et moyennes avaient condamné leurs descendants à l’extinction. Tôt ou tard, la multitude des réprouvés déborderait de ses territoires, submergerait les îlots fortifiés et transformerait l’Europe en un gigantesque terrain vague. Alors, à la loi du plus riche se substituerait la loi du plus fort, et les gamins des rues, plus endurants, plus instinctifs, mieux armés, ne feraient qu’une bouchée des enfants issus des cocons.
Jemma entendait parfois des bruits de pas et des cris dans l’escalier ou sur le palier. Se pétrifiait quand des coups sourds ébranlaient la porte et que la poignée tournait sur son axe. Comprenant qu’ils ne viendraient pas facilement à bout du blindage, les visiteurs, des bandes de pillards probablement, n’insistaient pas et leurs voix s’évanouissaient dans la nuit.
Luc Flamand revint le troisième soir, les bras chargés de courses. Alertée par le cliquetis des clefs dans les serrures, Jemma resta planquée derrière la porte de la cuisine jusqu’à ce qu’elle discerne la silhouette du journaliste. Il parut presque surpris de la trouver dans l’appartement.
« Ah, vous êtes là ? »
Elle riposta avec toute l’agressivité accumulée au long de ces trois interminables journées.
« Drôle de question ! Où vouliez-vous que j’aille ? Vous auriez pu prévenir avant de foutre le camp, merde ! »
Il posa les sacs en papier sur la table de la cuisine, en sortit une bouteille de vin rouge qu’il ouvrit à l’aide d’un tire-bouchon. Sa barbe lui ombrait à nouveau le bas du visage.
« Vous dormiez quand je suis parti. Il y a bien longtemps que le téléphone est coupé dans cet appartement.
— J’ai mon portable dans mon sac !
— Je n’avais pas votre numéro. Et puis je préfère éviter les conversations sur les portables. Elles sont systématiquement écoutées. Je pensais être de retour au bout de deux ou trois heures.
— Qu’est-ce que vous avez fichu tout ce temps dehors ? »
Il nettoya un verre à l’aide d’une feuille d’essuie-tout, se versa un fond de vin rouge, le huma, en but une gorgée, l’apprécia d’un claquement de langue.
« Il est encore un peu frais, mais, bon Dieu, ça change de la piquette. »
Jemma saisit la bouteille et regarda l’étiquette.
« Un cheval blanc ? Je n’y connais pas grand-chose, mais ça vaut une fortune, ce genre de vin, non ?
— Rassurez-vous : je ne l’ai pas acheté. Je vous sers un verre ? Pour fêter nos retrouvailles. »
Il n’attendit pas sa réponse pour nettoyer un verre à pied, le remplir à moitié et le lui tendre. Elle l’accepta et, du bout des lèvres, en but quelques gouttes. La saveur du vin se diffusa sur sa langue et lui ensorcela le palais. Luc Flamand vida la moitié de son verre avant de sortir d’un sac un paquet de vêtements.
« J’ai pensé que vous en auriez besoin. Le temps a changé, et vous êtes partie sans rien l’autre soir. »
Lui-même avait passé un col roulé sous sa veste. Il lui avait acheté un pull plutôt de bon goût ainsi qu’une parka avec capuche, un fuseau en tissu isotherme, des chaussettes épaisses, des chaussures de marche et des gants. Elle aurait jugé ces emplettes ridicules dans son ancienne vie, mais, enfermée depuis trois jours dans un appartement non chauffé, elle ne put que les apprécier, d’autant que Luc Flamand ne s’était pas trompé sur sa taille et sa pointure. Elle enfila immédiatement pull et chaussettes. Gagnée par un début d’euphorie, elle oublia les heures épouvantables égrenées dans l’angoisse, le froid, la puanteur et la saleté.
« J’ai aussi prévu un vrai repas. »
Il dénicha une sauteuse dans le foutoir de la cuisine, la récura à l’aide d’une éponge propre imbibée d’eau minérale, y versa le contenu d’un bocal de confit à l’ancienne, la posa sur le petit réchaud, garda la main sur le manche tout le temps de la cuisson pour l’empêcher de se renverser. Jemma trouva des assiettes en porcelaine dans un placard, des couverts en vermeil dans un tiroir, les rinça avec de l’eau minérale, les essuya avec du papier et dressa la table, qu’elle orna avec des bougies.
Le dîner se prolongea jusqu’à une heure avancée de la nuit. Ils vidèrent la bouteille de Cheval Blanc, glissant dans une agréable torpeur qu’ils entretinrent avec les cigarettes blondes, sucrées, rapportées par Luc Flamand. Des cristaux de glace cinglés par le vent tintaient sur les vitres. Longtemps que Jemma n’avait pas baigné dans un tel bien-être. Elle savait qu’elle flottait dans une illusion, que la réalité et la gueule de bois la rattraperaient au tournant, mais elle s’en foutait et jouissait de ces quelques instants dérobés à la fatalité, au désespoir. Elle espérait que Luc Flamand, plutôt attirant à la lueur des bougies, exploiterait honteusement sa faiblesse pour enfoncer ses dernières défenses, mais il ne bougeait pas, la tête rejetée en arrière, les yeux dans le vague, perdu dans ses pensées.
Peut-être ne la trouvait-il pas à son goût ? Pédé ? Il n’en avait pas les manières, mais, dans une Europe à nouveau hantée par les fantasmes bibliques, les homos s’appliquaient à ressembler à des hommes ordinaires, ou plus exactement à des hommes à la sexualité ordinaire, conforme à la loi et aux préceptes de l’Église. Un reste de raison interdisait à Jemma de prendre l’initiative. Après une abstinence de plusieurs mois, la moindre rebuffade aurait claqué comme une gifle. Elle n’était pas suffisamment sûre d’elle-même, de son pouvoir de séduction, pour prendre le risque d’un échec.
« Qu’est-ce que vous avez fabriqué dehors pendant ces trois jours ? »
La question avait glissé toute seule des lèvres de Jemma, accompagnée d’une longue guirlande de fumée. Le goût du tabac la ramenait une bonne vingtaine d’années en arrière. Elle s’était essayée à la cigarette en même temps qu’au flirt, et les premiers baisers avaient souvent eu la saveur du tabac.
« J’ai rencontré des confrères et quelques-uns de mes anciens informateurs. » Flamand avait prononcé ces mots d’une voix lointaine, traînante, comme s’il émergeait d’un songe ou revenait d’un long périple intérieur. « Vous savez ce que c’est, un rendez-vous en entraîne un autre, une hypothèse débouche sur une autre, une information en amène une autre…
— Vous avez appris des choses intéressantes, au moins ?
— Disons qu’on m’a embarqué sur plusieurs pistes. » Il vida son verre et alluma une cigarette avant de poursuivre : « L’Europe tombera bientôt aux mains des évangéliques. C’était d’ailleurs le but premier de la guerre contre les nations musulmanes, réactiver les réflexes chrétiens, préparer le terrain pour les missionnaires évangéliques. Rebaptiser en quelque sorte la vieille Europe, l’éloigner de ses démons libertaires et laïcs, la replonger dans l’eau lustrale, la transformer tout entière en born again afin que le retour du Christ, la parousie, puisse s’effectuer.
— Quel rapport ?
— Selon les évangéliques, la parousie s’accomplira lorsque le monde entier aura entendu la parole du Christ.
— Et les musulmans ? Et les hindouistes ? Et les bouddhistes ? Et les taoïstes ? Ils sont tout de même plusieurs milliards…
— Les évangéliques sont persuadés que tout le monde l’entendra, de gré ou de force. Dès que l’Occident aura reconstitué sa puissance.
— Il est mal barré, l’Occident ! L’Europe n’est plus qu’un continent décadent, une nation du tiers-monde. Son économie est en berne, il n’y a plus de travail, plus de protection sociale, pratiquement plus de technologie. Ils avaient vraiment prévu ça, les fauteurs de guerre ?
— Au risque de vous surprendre, oui. Les têtes pensantes essaient toujours de concilier le court, le moyen et le long terme. Le court terme ? Les fournitures énergétiques. Les compagnies occidentales détiennent le monopole des ressources pétrolières et peuvent à tout moment exercer un chantage efficace sur les puissances émergentes, la Chine et l’Inde principalement. Le moyen terme ? Le développement économique, via la mondialisation, engendre un mode de pensée uniforme a priori favorable au développement d’une religion unique. Les bases de l’économie moderne ont été jetées par les pères de l’Église, et le libéralisme est une invention occidentale, un extrémisme économique qui porte en lui une volonté de conquête, des valeurs missionnaires. Le long terme ? La parole évangélique sera transmise à l’ensemble des peuples non chrétiens. Pas besoin qu’ils se convertissent, seulement qu’ils entendent. On tient ainsi notre première condition pour le retour du Christ.
— Et la deuxième ?
— La reconstruction du temple de Salomon. Sur son emplacement historique, ce qui complique sérieusement les choses.
— Pourquoi ?
— C’est l’actuelle Esplanade des mosquées. Avant la guerre, aucun gouvernement israélien n’avait osé s’en prendre aux mosquées de peur d’embraser le Moyen-Orient, mais maintenant rien n’interdit de les raser. Les évangéliques se servent des juifs en pensant qu’ils n’auront pas d’autre choix que de se convertir dans le Christ, ou ils seront précipités avec les mécréants dans les abîmes infernaux. Les juifs se servent des évangéliques pour concrétiser un rêve de trois mille ans. Un vrai marché de dupes. La guerre entre l’Europe et les nations islamiques arrangeait en revanche les uns et les autres. Les Américains pour les raisons que je vous ai exposées, Israël parce que le monde musulman en sort considérablement affaibli et ne constitue plus un véritable danger. »
Luc Flamand se leva, s’étira et alla chercher une autre bouteille dans l’un des sacs en papier.
« Au diable l’avarice ! On ne sait pas de quoi demain sera fait. »
Il l’ouvrit et remplit les deux verres avant de se laisser choir lourdement sur sa chaise. Les odeurs de cire chaude et de tabac dominaient à présent la puanteur habituelle de l’appartement.
« Quel rapport, tout ça, avec la disparition des enfants ? »
Jemma rencontrait des difficultés grandissantes à garder le contrôle de ses propos et de ses pensées. Elle crevait d’envie que Luc Flamand se précipite sur elle, la renverse sur la table ou sur le parquet de la cuisine, lui arrache ses vêtements, la baise avec sauvagerie.
« Il y en a un. Ces disparitions continues et massives ont semé la panique dans les milieux chrétiens, il me semble vous l’avoir déjà dit. Comme si elles menaçaient de foutre en l’air un triomphe planifié par les textes sacrés. Comme si elles ouvraient des portes insoupçonnées, qu’elles ébranlaient les certitudes. Comme si, après l’effondrement du communisme, après l’effondrement de l’Islam, après l’effondrement de l’athéisme et des religions polythéistes, un nouveau danger se présentait face au christianisme, inattendu, difficile à cerner, à combattre.
— L’armée des enfants ? »
Luc Flamand hocha la tête.
« Un de mes informateurs m’a affirmé qu’il ne s’agissait pas d’une légende. Il a croisé, en Europe de l’Est, des voyageurs qui revenaient de l’autre côté de l’ancienne ligne de front.
— Ouais, l’homme qui a vu l’homme qui a vu l’homme qui a vu l’ours ! »
Luc Flamand balaya le persiflage de Jemma d’un revers de main.
« Ce mec n’est pas un farfelu. D’après lui, les voyageurs ont aperçu des soldats âgés de sept à douze ans dans les ruines d’une ancienne capitale.
— Des enfants pillards…
— Les petits pillards européens ne portent pas d’uniforme, et ceux-là en portaient. En outre, ils étaient de races différentes, garçons et filles. Il y avait parmi eux des noirs, des blancs et des jaunes. Quand les voyageurs ont tenté d’entrer en contact avec eux, ils se sont évanouis avec une cohérence et une rapidité qui montrent un entraînement poussé, une vraie discipline.
— Ça ne dit pas comment ils enlèvent les gosses dans les villes d’Europe. Ni ce que deviennent ceux d’entre eux qui atteignent l’âge adulte. Ni, d’ailleurs, ce que vous et moi fichons dans cet appartement de merde ! »
Jemma avait maintenant la sensation que quelqu’un d’autre avait pris le contrôle de son cerveau, parlait, buvait et fumait à sa place. Ses pensées dansaient une farandole endiablée, le parquet se gondolait sous la table, sa chaise voguait sur une mer démontée, instabilité, mal de mer.
« Vous ne vous souvenez donc pas de ce que… »
Ce furent les dernières paroles qu’elle entendit de Luc Flamand. Sa chaise se renversa tout à coup dans les vagues, elle roula sur le parquet et coula à pic dans les profondeurs paisibles.
La réalité l’attendait dans la froidure de l’aube, mal de crâne, nausée, impression d’avoir passé la nuit dans un broyeur. Elle se réveilla dans son lit, vêtue de son chemisier, de son pantalon et des chaussettes offertes par Luc Flamand. Les senteurs de tabac froid ajoutaient des touches exécrables à la puanteur habituelle. La lumière du jour s’engouffrait à flots par les volets restés ouverts. Des flocons de glace et de neige crissaient délicatement sur les vitres. Le contraste entre son corps enfoui dans la chaleur du lit et son visage piqueté par le froid lui donnait l’impression d’habiter deux mondes en même temps. Elle serait bien restée sous les couvertures, mais il lui fallait d’urgence évacuer les excès de la veille. Elle se promit de ne plus jamais toucher une goutte d’alcool, le même serment chaque fois qu’elle avait forcé sur le whisky après la disparition de Manon. L’alcool ne la délivrait pas des souffrances, il ne la soulageait même pas, il s’insinuait en elle, plein de saveur et de chaleur, pour la réduire en loques et l’abandonner au fond de sa dépression, plus faible et vulnérable que jamais.
Jemma finit par se lever. Mordue par le froid, elle prit le temps de se rapprocher de la fenêtre et de jeter un coup d’œil au-dehors. Le voile immaculé jeté sur la ville l’éblouit. La neige était tombée en abondance au cours de la nuit et avait escamoté les toits, les rues, les ruines des immeubles couchés par les bombardements. Ciel et terre se confondaient dans une blancheur aveuglante. Aucun véhicule ne circulait, de rares silhouettes émergeaient des rideaux de flocons, aussi furtives que des spectres. Jemma frissonna. On était à peine entré dans le mois de novembre et, déjà, l’Europe avait des allures de congélateur. Il lui faudrait attendre désormais avril ou mai pour sentir à nouveau sur sa peau les langueurs de l’air tiède.
Elle croisa Luc Flamand dans le couloir. Il lui adressa un sourire, mais, à en croire ses traits chiffonnés, il n’avait pas passé lui non plus une nuit très reposante.
« Vous êtes tombée comme une masse, hier soir. »
Comme si elle ne savait pas. De l’art et la manière d’engager la conversation. Elle s’engouffra sans répondre dans les toilettes et referma la porte avec brusquerie.
« Vous ne m’avez pas laissé le temps de vous dire un truc, reprit-il d’une voix plus forte. Dans trois jours, je pars avec une expédition pour les régions de l’autre côté de l’ancien Front Est, Turquie, Syrie. »
Les propos du journaliste lui coupèrent le souffle et l’envie de pisser, comme un coup au ventre. Il n’avait pourtant aucun compte à lui rendre, ils n’étaient pas amants, même pas amis.
« Bon voyage ! » cria-t-elle.
Elle eut le temps de se traiter dix fois d’idiote avant que la réponse de Luc Flamand ne traverse la porte.
« Ça vous dirait de le faire avec moi, ce voyage ? »